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Des mots intimes

 

 

 

 Des mots intimesIndéniablement, le mot « mademoiselle » est plus culturel que catégoriellement défendable. Comment défendre hors la position sexiste du primat masculin dans l’échelle sociale que le beau sexe soit interrogé sur sa liberté voire sa disponibilité amoureuse ou sexuelle, hétérosexuelle qui plus est, par des administrations qui ne devraient foncièrement en avoir cure, tandis que John Wayne, quasiment déconsidéré mais non fâché d’échapper à la coloscopie administrative, se contente de rentrer droit dans ses bottes et de marcher au rythme de leur cliquetis métallique ?

 

Administrativement, la dénomination est honteuse et vous avez raison, mesdames, féministes ou non et modérées ou pas, de vouloir vous séparer d’une telle intrusion qui sonne comme une main baladeuse, un doigt malvenu en votre intimité, offerte alors au premier venu comme à l’insu de votre plein gré. Un viol institutionnalisé, qu’il serait effectivement temps d’empêcher !

Prenons garde pour autant. Le féminisme se consomme avec modération ou il consume sans contrefaçons. Qu’on interdise aux formulaires de tous poils l’outrageante catégorisation, évolution des mœurs obligeant sévérité législative dans une perspective progressiste, soit. Mais qu’aucune n’ose ensuite s’indigner d’une tendre appellation, d’aventure délicatement inquisitrice, dont nous pourrions – pauvre gente masculine ou prétendant(e) en tous genres – vous affubler au détour d’un manège séducteur… Car le mot, contre l’avis de cette militante d’Osez le féminisme citée par Libération du 27 septembre, ne saurait uniquement renvoyer à « oiselle, (…) pucelle ou niaise », hors à supposer « tous les hommes (…) menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels » en oubliant tout le reste, où se fait jour le merveilleux possible conséquent à la double négativité originelle…

 

Supprimons donc la case, ignominieuse qualification qui s’aventure à détailler un charme que vous réserverez au bon vouloir de vos révélations. Supprimons la case, mais ne confondons point l’idée et sa publicité. Que dans la chose privée, il nous soit encore permis, indifféremment des sexes ou des âges respectifs, de retranscrire en des mots qui y trouveront pour le coup leur juste place, le romantisme formel des petites nuances, de ces détails polis parfois polissons, de ceux qui voulaient qu’en baisant mademoiselle, on ne touchât pas même sa main du bout des lèvres ; ce qui laissait le doigt libre de jouer dans la paume.

 

Oui, à l’abandon d’une catégorisation intrusive que nous ressentirions peut-être tout aussi mal, si elle avait dû comme ces petits noms charmants se partager aussi aux mâles. Non, à l’interdiction pure et dure de ces petits mots presque intimes également répartis et respectivement appréciables en leur intentionnalité charmeuse, laquelle saurait suivre si l’on oubliait que « jeune homme » sait autant nous ravir que le sourire de ces, désormais, dames.

 

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