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L’habit ne fait pas le moine

 (Ni l’éditeur la littérature.)

 

Dis-moi qui tu édites, je te dirai qui tu es. Dis-moi comme tu milites, je te dirai qui je suis. Dis-moi comment, je te dirai pourquoi. Pardon ? Les industries s’enchaînent et se ressemblent un peu… Ils sont venus, ils ont vu, ils ont vendu. Et quand ils auront tout vendu, il ne restera rien. Les ogres auront mangé toute la barbaque.

 

« S’il te plaît… dessine-moi un ministre ! »

Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n'est pas ma faute. C’est que tous ne sont pas de bons ministres ; c’est l’exercice pratique du mandat qui fait le ministère.

Je suis content. Et même si quand je suis content je vomis, je reste content. Pour l’éditeur. Ravi, même, certainement un peu trop à la manière de celui de la crèche, d’apprendre que l’éditeur accède au rang d’artiste par une interprétation ministérielle de la jurisprudence du ready-made oublieuse du fait qu’une interrogation sur le statut artistique d’une œuvre ou de son créateur n’est pas la porte ouverte à la validation de tous les goûts de chiotte. La préséance structurelle a donc vécu. Réjouissez-vous, auteurs, voici venue la fin de la domination du marchand sur le créateur. En vérité, elle nous le dit, l’éditeur est désormais à votre divin niveau. Bien sûr, puisqu’en la matière les premiers devaient être les derniers, ne vous étonnez pas de finir à la cuvette lorsque prenant des vessies pour des lanternes, la culture vous pisse à la raie en se gratifiant d’illuminer son monde.

 

Non, l’éditeur ne fait pas la littérature. Pas même l’auteur, d’ailleurs. L’auteur fait de la littérature, laquelle se trouve plus ou moins bonne – en soi déjà. Puis il rencontre éventuellement un éditeur, lequel peut transformer tout ou partie de l’œuvre en quelque-chose de plus abouti – avec l’aide, toujours, de l’auteur, et à partir toujours de son œuvre première – ou quelque-chose de simplement ou parfaitement vendable. Puis, et surtout, l’œuvre rencontre un public. Et ce public plus ou moins large apprécie – ou pas – le résultat, qu’il s’agisse d’un livre véritable ou de la simple production d’un produit marchand. Et c’est l’ensemble de ce processus, oscillant entre création et destruction à des niveaux inégaux sur le plan valoriel mais tout aussi essentiels de manière structurelle, qui créé la littérature.

A considérer la littérature, il serait dangereux de désigner un des rouages comme prenant le pas sur son voisin. La plus douce et la plus honnête des modesties consisterait même à dire qu’il n’y a que le public, ultime sélection en tant déjà qu’elle sera celle de l’histoire, pour faire la littérature. Lequel public, hors la notion de visibilité, n’a aucun besoin d’un guide pour apprécier une saveur. Mais à parler de littérature, et sauf à ne prêter qu’aux riches, ne vous focalisez pas, madame la ministre, sur un terme médian de l’équation, qui s’il se pose correctement – en tant que fabriquant au moins – entre l’auteur et ses lecteurs, reste isolément parfaitement inapte à toute véritable création.

 

Le bon sens est, paraît-il, la chose du monde la mieux partagée. Peut-être n’y en avait-il juste pas assez au départ.

 

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