(« Qu’on lui coupe la tête ! »)
En réponse à Almira Gulsh ; et à d’autres.
(http://almiragulsh.blogspot.fr/2012/06/ballon-pied.html)
On ne saurait me taxer d’aimer le foot ; pas plus que mon propre corps. Deux anecdotes dont on se moque. Et pourtant. Pourtant, il est des fois où l’envie monte, aussi fugace et vaine qu’une attaque de l’équipe de France de football en ce début d’été, de défendre nos petites têtes bleues. Sans les aimer. Sans les prendre, il faut le dire, pour autre chose que des petites têtes vides qui ne font pas grand-chose d’autre que taper dans un ballon et courir pendant plus ou moins quatre-vingt-dix minutes dans un carré pas carré de pré vert, tels des bovins dopés à la salsepareille hallucinogène, ou poser en souriant dans des publicités au demeurant elles aussi hallucinantes, dignes d’un « Kinder m’a tué » (parce-que trop de Bueno tue le Tsonga comme nous l’aura prouvé cette dernière saison de Roland-Garros). Les clichés ont la vie dure, et la perfection n’étant pas de ce monde, je me complais comme beaucoup dans le dédain salvateur d’égo ; le mien regarde l’autre et lui dit merde.
Les défendre d’une attaque sûrement aussi faussement méchante qu’elle se révèle finalement bien loin d’être parfaitement justifiée. Parce-que, oui, on peut ne pas aimer le foot ; ne pas vouloir excuser la défaite d’une équipe au nom de la pauvreté ontologique de ses membres hors le champ sportif, c’est-à-dire au nom de leur bassesse toute singulière très utilement supposée ; on peut relever l’ignominie d’un écart trop grand entre les hauts et les bas revenus ; on peut considérer que les bétonnières sociales surgissent médiatiquement dans une culture de masse et trouver le fait dommageable si l’on conclue qu’il s’y résume ; on peut voir que le football reproduit et met en exergue les injustices d’un monde à plusieurs vitesses du fait de la concentration d’une classe de bien-lotis particulièrement bien visibles ; on peut aimer l’exemplarité et les symboles ; mais on ne doit pas tout confondre…
C’est sur le plan sportif que les bleus ont démérité ; et ce plan est autosuffisant. Et encore. Je ne me rappelle pas, du haut de mon extraordinaire manque de piété disciplinaire, qu’il s’agisse là du plus mauvais résultat de tous les temps de notre équipe nationale – déduite la considération d’une transcendance structurelle permettant la catégorisation atemporelle d’un ensemble tandis que toutes ses parties sont renouvelées.
Au-delà d’un résultat forcément décevant eu égard aux attentes des supporters, force est de reconnaître certains maux générationnels, force est de constater que certains mots furent de trop et que peut-être une autre volonté, elle, fut absente. Mais justement : génération ! Pourquoi taper aveuglément sur quelques têtes quand elles restent le produit d’un système auquel on ne s’attaque pas ? Pourquoi nos bleus seraient-ils différents de notre société, et à partir de là comment leur reprocher une étantité dont ils ne sont pas un exemple en soi mais une simple et bête instanciation parmi d’autres ? Oui, certains aiment claquer cet argent qu’ils gagnent en s’inscrivant dans une structure où n’importe-quel quidam un tant soit peu doué de ses deux jambes le gagnerait ; si, d’autres ont une ambition sociale et partagent leur temps avec cette classe des nécessiteux si utile aux sophistes de tous poils, dans la poursuite de projets tournés vers eux ou restant à leur portée financière ; et oui, enfin, chacun d’entre eux est un être humain intrinsèquement lambda. La responsabilité ne leur appartient pas. Ou bien ce serait dire que le chien du président doit cesser de déféquer d’ici au terme de son mandat – par souci de propre exemplarité dudit mandat. La représentation d’un sportif, en l’essence, cesse dès qu’il quitte le terrain. C’est tout. C’est pour cela qu’il est payé, pour cela que son âme vibre. Les écarts de conduite envers un journaliste tiennent de l’effet pervers d’une sur-médiatisation des stars – celles du ballon rond comme les autres – et l’accident n’est pas toujours fumée sans feu. Mais voilà des faits sociaux, et non sportifs. On pourra bien faire sauter des fusibles, ça ne changera pas la gueule du tableau si on ne revoit pas tous les branchements.
On peut regretter les envolées salariales du monde sportif. On ne saurait décemment, puisque beaucoup s’en réclament, considérer qu’une tête coupée nous débarrasse d’un corps. Sauf à assumer la recherche cathartique d’une tête de turc nous évitant, à tous, de nous la prendre, la tête, en même temps que les deux bras, pour s’en aller quérir à la sueur de nos fronts et à grandes enjambées des lendemains qui chantent. Lesquels ne sont jamais tombés du ciel, à la différence des commérages et autres commentaires gratuitement circonstanciés. Non, on ne doit pas tout confondre, sans quoi ces membres éparpillés réunis à la va-vite ne tiennent plus que d’un Frankenstein tout juste bon à effrayer (#) les gens.