Des façons d’aimer
(Et on tape ; et on tape ; et on tape…)
Rassurez-vous : avec un soupçon de maquillage, un beur-noir s’efface très bien.
Au théâtre de guignol, les marionnettes faisaient selon la chanson trois petits tours avant de prendre le large. Une très bonne idée trop peu souvent appliquée par les temps qui courent… Le turn-over excessif en mode division du temps de travail et des unités de production, c’est pour les ploucs et les bouseux ; les clowns, eux, tristes ou drôles, s’inscrivent dans la durée et en lettres capitales sur les belles affiches des respectifs grands ou petits boulevards. On aurait pu croire les intermittents du spectacle claudiquant pour une inscription sociale à long terme, mais non ; à croire que la monarchie et ses bouffons de cour doivent encore manquer à certains. C’est sûrement l’époque qui veut ça. Ou pas. Sinon, c’est la condescendance de classe, et ça ne rime pas mieux.
« Mais dis-moi, papa, sans le zéro arabe, le trois devient presque un deux et tous les tours sont passés à l’occasion de la dernière présidentielle… Alors j’en voudrais bien des nouvelles, de figures, parce qu’une fois distribués les coups de bâton du gendarme, je m’ennuie un peu devant la redondance inefficiente et grotesque d’un spectacle a fortiori bien pauvre sur ses positions ontologiques. Logiques tout court, d’ailleurs !
- Non mon fils, c’est la crise.
(Papa s’est toujours montré circonspect.)
- Merde, faudra encore se coltiner les vieilles poupées. »
Le saviez-vous ? La naturalisation d’une personne, en France comme dans nombre de pays très certainement, dépend en partie de sa réussite à un examen de langue. Non, il ne s’agit pas de rouler un patin à l’examinateur, mais bien ici de prouver que vous savez parler, lire et écrire le français. L’hédonisme a vécu ; dommage, c’eût été plus marrant ! Imaginez seulement les fêtes orgiaques et le plaisir intense de devenir citoyen de notre belle nation en de telles conditions, en lieu et place de ces cérémonies très solennelles qu’on sait trop bien annuler par ailleurs sans autre forme de procès que la sempiternelle réitération d’une déconsidération bête et presque méchante des nouveaux affranchis… Cessant momentanément de devenir chèvres communautaires d’une société adorant au-delà de toute raison les bouc-émissaires minoritaires comme d’autres le veau d’or, nous tenterions tous le voyage suisse ou belge pour pouvoir revenir d’exil et nous refaire tirer le portrait en même temps que les papiers, pour nous ré-initier en toute conscience cette fois-ci… Et sans être fan de Johnny, ni d’un autre de ces quidam roulant des mécaniques devant les midinettes de tous les sexes et de tous les âges ! Bref ; passons sur l’anecdote.
Ce n’est pas tout : voilà qu’on nous informe que, suivant le mouvement inflationniste s’apparentant souvent en politique à de la surenchère gratuite et infondée, on relevait il n’y a pas si longtemps que cela le niveau desdits examens capacitaires à l’exercice de la citoyenneté. Pour les autres ; ceux qui ne l’avaient pas encore mais persistent honteusement à la vouloir au vu de ses conditions d’exercice, attirés par on ne sait plus bien quelle jolie partie de notre immense et respectueuse République – puisque les orgies n’auront pas lieu ! Notons. Quand on vous dit que l’économie et sa pensée nous gangrènent !
Et après tout, me direz-vous ? Qu’est-ce qu’on en a à faire, que plus aucun citoyen ou presque, que si peu de nos jeunes têtes blondes en tout cas et dégarnies aussi à l’occasion, ne maîtrisent cet art linguistique que d’autres en d’anciens temps parvinrent à imposer en de nombreuses régions du globe par peut-être bien aussi une certaine maîtrise de la chose, en tout cas la défense assidue à défaut d’acharnée d’une rigueur que la modernité ne connaît plus à l’encontre de ses propres affidés ? De toute façon, plus personne ne lit Molière hors l’achèvement de la période scolaire s’il n’est pas adapté au théâtre par une quelconque célébrité à moitié déchue mais un poil sur le retour, ou même grossièrement plagié comme tant de grands personnages, au sens historique de l’expression, par un de ces chanteurs contemporains sous le fallacieux prétexte d’un vibrant hommage masquant mal la toute bête et toute simple panne d’inspiration – le manque créatif en fait.
Rien à foutre, donc, et mieux encore : n’est-il pas normal que pour vivre dans une communauté, on doive pouvoir encore communiquer avec elle ? En plus, ça tombe plutôt bien : ça commence exactement pareil. De la quasi homonymie, on oserait presque déduire l’identité conceptuelle… Certes. Mais pas que. Si si. Ou alors…
Notez : on nous bassine régulièrement avec les novlangues ignominieusement imprégnées de « l’esprit sms » ou souillées de ces répétées et indélicates intromissions étrangères, avec cette perte qualitative de l’exercice quotidien et pratique d’une langue sur le déclin d’une perfection passée. Et de l’autre côté, on pousse les candidats – barbares s’affranchissant – à toujours plus de maîtrise… Le subjonctif pour les uns ; les répétitions abrutissantes de « mdr », « lol », et autres chimères récréatives pour les nantis de la citoyenneté aussi mal-logés par moments que d’autres se retrouvent ainsi mal chaussés. Cherchez l’erreur ? On connaissait la justice à deux vitesses, la médication aussi ; l’orthographe et la grammaire conjugueront donc la sixième roue du carrosse, qui dédouanera bien des rapports et des exactitudes. Bref ; passons sur le détail.
D’où le saviez-vous, que l’identité culturelle découle de la connaissance d’une langue, que l’inclusion ensembliste s’acoquine d’une telle futilité en regard de la similitude des pensées ? Je parle souvent à mon voisin de palier ou de bar sans être sûr qu’il me comprenne… Le chat de ma sœur, par contre, sait tout de suite que je n’ai aucune envie de lui donner à manger au saut du lit ! Alors non, la langue ne saurait constituer un critère exhaustif d’assimilation, une assurance conceptuelle garantie sinon remboursée du vivre-ensemble et de la compréhension intersubjective. Il faut élargir son horizon appréhensif, comme le dirait Michou ; à l’appréhension près.
« Papa, papa, y’a du beur dans mon pinard !
- Ben oui, avant c’était du chaussé de moine. Le monde évolue, mon fils ! »
(Beaucoup moins circonspect quant à son embonpoint moralisateur.)
On argumentera par le bas contre le vieux refrain des gars de la Marine oublieux du bon accueil en tous les ports qui suivait normalement l’entame, contre cette idée pas toute fraîche surgissant pourtant sous les traits nouveaux de l’événement historique, contre la possibilité malheureusement vérifiée de déplorer malgré tout le multiculturalisme et les creusets d’un mélange effectif des populations, contre cette idée ignoble aussi d’une planification utilitariste des possibles de la migration, si proche de l’eugénisme social voire racial qu’elle ne manque pas de nous rappeler toute l’étendue de son inefficience : si, la richesse naît bien du mouvement, parce-que le conservatisme sous ses beaux atours de rigidité salvatrice ne garantit jamais l’hypothèse progressiste et que l’acharnement thérapeutique des positions éculées considérées comme garantes d’un ensemble de valeurs contribue bel et bien à un enlisement historique où toute notion de mouvant ne trouve plus en exergue de praticité que le banc de sable où viennent s’échouer les écueils du laisser-faire sociétal et où s’oublie la condition moderne d’une humanité désignée par la nécessité d’un improbable d’échelle afin que l’indétermination ne laisse pas nos espoirs qu’à des néo-hippies, afin surtout que nos propres limitations prévisionnelles ne sonnent pas le glas de demain dès avant-hier en niant le principe d’émergence. Si si, il est encore quelques tenants malencontreux de la porte close préservant la maison du tsunami. Tenons-nous donc pour acquise, telle une parabole de vigneron, la certitude que le système s’accommode parfaitement de l’intégration d’un ensemble excluant la consommation de vin jusqu’à la lie ou toute autre lecture divergente d’ailleurs, en rehaussant le degré d’alcool de chaque bouteille même d’un léger degré. Le saviez-vous ? Mon bordeaux préféré a pris du galon ces dernières années, et les autres coteaux en ont verdi tout autant ! De 11,5° en moyenne lors de mes premières cuites, il fait dorénavant régulièrement des pointes à 13°… Si ce n’est pas pour contenter tout le monde, même les partisans d’une propriété très privée et d’une répartition inégale des plaisirs singuliers, je me demande bien pourquoi c’est fait… Voilà pour le raisonnement par l’absurde. Maman serait fière de moi, qui me disait tout petit déjà : « à question idiote, réponse idoine ! »
Quant à la cohérence, revenons à ce cheveu qui gêne un peu ma pratique de la langue…
En cas d’utilisation frauduleuse de votre carte bleue, il vous faut faire opposition, c’est-à-dire en bloquer l’usage éventuel (probable) par l’odieux malfaiteur ayant osé vous la dérober. Quid de l’utilisation frauduleuse des concepts ? Personnellement, je la tiens pour d’autant plus dommageable que la première que ses dégâts sont autrement plus considérables. Vous me direz, ça tient sûrement à la petite forme de mon compte en banque. Admettons. Disons cela, sans ôter la valeur initiale de l’idée. Pour éviter toute tendance totalitaire subséquente à une restriction de liberté, disons a minima qu’après en avoir entendu des vertes et des pas mûres à propos de la citoyenneté, il est des responsabilités qui se perdent aussi vite que des claques et des cohérences qui s’évanouissent à l’allure de l’expatriation des contribuables fortunés à l’approche d’une hypothétique victoire d’un candidat de gauche aux présidentielles ; mais qu’on n’enferme pas encore tous les escrocs…
D’où considérer, si l’on ose abandonner l’idée d’une défense de l’identité nationale passant aussi par la présence factuelle d’une langue, d’une joute planétaire où les coups de galoches au mur des ambassades sont autant de coups de pieds aux culs des autres nations, d’où considérer donc que l’on peut revendiquer le droit d’imposer un meilleur usage du français que le nôtre à qui demande naturalisation, puisque l’on ne fait rien dans le même laps de temps pour relever la tête d’une éducation qui s’enlise au nez et à la barbe de nos concitoyens dans le triste bourbier d’une complexité sociale qu’on n’aborde pas dès lors qu’elle sort du terme du mandat quinquennal, sauf à considérer que les efforts sont éternellement portés par les autres, depuis les esclaves bâtisseurs de pyramides ou les valets porteurs de chaise, en passant par les tirailleurs de nos vieux fronts qui, encore portés par une foi d’un autre temps en sont même venus à récolter à notre place le raisin de nos vieilles abbayes et jusqu’aux prétendants à la civilisation qui puisqu’ils l’aiment s’acquittent encore du pli à nos quatre volontés, dussent-elles consister en ce travail digne du bagne : défendre l’intégrité de notre langue quand nous nous permettons chaque jour pour notre part d’en saper les fondements… Un défi semblable à celui de la perpétuation de l’esprit, français lui aussi.